Marquer (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XV e siècle. Variante de l'ancien verbe normand merchier, d'origine germanique.

I. V. tr.
1. Laisser une marque, une trace sur un corps, un objet, etc. Le coup lui a marqué le front, l'a marqué au front. Sa joue est marquée d'une cicatrice. Fig. Il a été marqué par cette expérience. Les épreuves l'ont marqué. Cet artiste a marqué son siècle, son époque.
2. Apposer un signe, une marque sur un objet, sur un être vivant, etc., afin de le distinguer d'un autre. Marquer des arbres. Marquer du bois avant le flottage. Marquer du bétail. Marquer des serviettes, des draps. Faire de l'argenterie à son chiffre. Marquer un métal précieux au poinçon. Cet ouvrage est marqué du nom, du chiffre du fabricant. Marquer par une substance radioactive une cellule, une molécule, afin d'être en mesure de suivre son évolution. Anciennt. Imprimer avec un fer chaud un signe infamant sur l'épaule d'une personne condamnée à la peine de la marque.
3. Signaler, indiquer, faire connaître au moyen d'un objet, d'une marque. Cette borne marque la limite entre deux départements. Ces articles se vendent au prix marqué. Expr. fig. et fam. Marquer un jour d'un caillou blanc, d'une pierre blanche, voir . Par anal. Fam. En parlant d'un instrument de mesure. Le thermomètre marque dix degrés. L'horloge marque huit heures. Fig. La défaite de Sedan a marqué la fin du Second Empire. Son règne fut marqué par des proscriptions. Par ext. Rendre sensible, souligner, accentuer par quelque moyen. Marquer la cadence, le rythme. Marquer une pause, un temps d'arrêt. Cette robe marque la taille. Expr. Marquer le pas, cesser d'avancer tout en continuant de frapper le sol des pieds à la cadence du pas et, fig., cesser de progresser. L'offensive a marqué le pas.
4. Spécialt. Noter, inscrire, pour faire connaître, pour garder en mémoire. Marquer les points au jeu. Marquer une adresse, un rendez-vous sur son agenda. Cette rivière n'est pas marquée sur la carte. Expr. Marquer un point, des points, au cours d'un jeu, d'une compétition sportive, les faire inscrire en sa faveur et, fig., obtenir un avantage sur son adversaire dans un débat, au cours d'une contestation, etc. Marquer le coup, se montrer physiquement ou moralement affecté par une épreuve douloureuse. . Marquer un but, un essai, les réussir. Absolt. Cette équipe ne parvient pas à .
5. Faire savoir à quelqu'un, soit oralement, soit par écrit. Marquer à quelqu'un ce qu'il doit faire. Je lui ai marqué expressément ma volonté. Se dit particulièrement d'un sentiment, d'une opinion qu'on rend manifeste, qu'on fait connaître avec netteté. Marquer à quelqu'un sa reconnaissance, son respect. Marquer de l'estime pour quelqu'un. Il vous marque de l'intérêt. Nous lui avons marqué notre mécontentement. Je lui ai bien marqué que je n'approuvais pas sa conduite.
6. . Fam. Marquer l'adversaire, aux jeux de ballon, le suivre de près dans tous ses déplacements, pour surveiller et entraver son action et, fig., surveiller étroitement ses faits et gestes.

II. V. intr.
1. Mettre une marque, laisser une trace. Ses pas ont marqué sur l'herbe, dans le sable. Ce cachet est usé, il ne marque plus.
2. Fig. Attirer l'attention, retenir l'intérêt. Cette œuvre a, laissera un souvenir durable. Cela ait trop, cela serait trop remarqué, ou cela décèlerait l'intention qu'il faut cacher. Expr. fam. Marquer mal, bien, faire mauvaise, bonne impression.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Distinguer une chose d'une autre au moyen d'une marque. "Marquer des arbres. Marquer des serviettes, des draps. Marquer des moutons, des chevaux."
Il signifiait particulièrement Imprimer, avec un fer chaud, un signe flétrissant sur l'épaule de l'homme qui est condamné à cette peine.
Il signifie aussi Faire une marque, une impression sur quelque partie du corps, par contusion, blessure, brûlure, etc. "Il a reçu un coup de pierre qui lui a marqué le front, qui l'a marqué au front."
"Être marqué de petite vérole," Avoir sur le corps et principalement au visage des marques de petite vérole.
Il signifie encore, d'une façon générale, Dénoter, indiquer, signaler en laissant des traces. "Le torrent a marqué son passage par un grand dégât." Fig., "Le commencement de son règne fut marqué par des proscriptions. De grands malheurs ont marqué la fin de sa vie. Il a marqué sa place parmi les grands écrivains. Dieu avait marqué le jour de leur chute. Sa taille, sa bonne mine marquent bien ce qu'il est."
Il signifie aussi Mettre une marque pour se souvenir ou faire souvenir. "Marquer dans un livre l'endroit où l'on a cessé de lire. Je lui ai marqué ce passage au crayon. Marquer les points qu'on gagne à divers jeux."
"Marquer quelqu'un au piquet, au trictrac, etc.," Avoir sur lui l'avantage d'un nombre quelconque de points, d'après le calcul des points obtenus de part et d'autre dans les deux coups qui font le pari. "Je vous marque de dix points." On dit aussi absolument "Marquer. Il a presque toujours marqué dans cette partie."
Il signifie encore Mander, indiquer, faire connaître, soit oralement, soit par écrit. "Marquer à quelqu'un ce qu'il doit faire. Je lui ai marqué expressément qu'il eût à faire telle chose. Ce que vous m'avez marqué dans votre lettre, par votre lettre, m'a fait grand plaisir." En ce sens il vieillit.
On dit encore, dans le même sens : "Marquer à quelqu'un sa reconnaissance, son amitié, sa tendresse, son estime, son affection, son respect, son attention, sa bonne volonté. Marquer du respect, de l'estime, de l'amitié pour quelqu'un. Je lui ai marqué mon mécontentement, mon indignation."
Fig., "Ouvrage marqué au bon coin," Ouvrage bien fait.
"Avoir les traits marqués," Avoir les traits du visage prononcés.
MARQUER s'emploie intransitivement dans les acceptions suivantes. Ainsi on dit : "Ce cadran solaire marque encore, ne marque plus," Le soleil y donne encore, n'y donne plus.
Fam., "Cela ait trop," Cela serait trop remarqué; et, dans un autre sens, Cela décèlerait trop l'intention qu'il faut cacher.
"Cet homme ne marque point," Il ne se fait pas remarquer. "On ne trouve rien qui marque dans cet ouvrage," Rien n'y attire particulièrement l'attention.
"Marquer mal," Avoir un aspect qui fait mauvaise impression. On dit aussi, mais plus rarement, "Marquer bien."
Le MARQUÉ, ÉE, s'emploie adjectivement pour signifier Qui frappe la vue, l'attention, qui se fait remarquer. "Avoir pour quelqu'un des attentions marquées. Avoir un goût marqué pour une personne, pour la poésie, pour la musique, pour la raillerie. Il y a là une intention marquée de vous froisser."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Distinguer, faire connaître par une marque. Marquer de la vaisselle, des serviettes. Marquer des moutons, des chevaux.
BOSSUET: « On ne marque pas ses enfants sur leur corps ; on n'y marque que les esclaves, comme une espèce d'animaux nés pour servir »
    Absolument.
J. J. ROUSS.: « La petite fille était délicate et vaine ; elle n'entendait point que son linge servît à ses soeurs, on le marquait, on ne voulut plus le ; il fallut apprendre à elle-même »
    Fig.
VOLT.: « Dieu, déployant sur lui sa vengeance sévère, Marqua ce roi mourant du sceau de sa colère »
    Fig. et familièrement. Marquer quelqu'un à l'encre rouge, conserver un mauvais souvenir de quelqu'un et des projets de vengeance contre lui.

 2   Marquer des arbres, y imprimer l'empreinte du martelage.
BUFF.: « On est dans l'usage de avec un gros marteau, portant empreinte des armes du roi ou des seigneurs particuliers, tous les arbres que l'on veut réserver »
    Terme de menuiserie. Tirer des lignes sur une planche pour que l'ouvrier la coupe suivant le trait.
    Terme de marine. Marquer une ligne de sonde ou de loch, y fixer à des distances convenables des bouts de toron portant des noeuds.
    Terme militaire. Marquer le camp, le logement, les portes, indiquer la place où il faut asseoir le camp, les logements qu'on doit occuper, les portes utiles à garder.

 3   Faire subir la peine de la marque. On ne marque plus aucun condamné.

 4   Faire une impression sur quelque partie du corps, par contusion, blessure, brûlure, etc. Il a reçu un coup de pierre qui lui a marqué le front.

 5   Laisser des traces, des vestiges. Le torrent a marqué son passage par un grand dégât.
    Fig. Le commencement de son règne fut marqué par des proscriptions.
SÉV.: « J'ai senti douloureusement le 24 de ce mois [anniversaire du jour de la séparation de la mère et de la fille] ; je l'ai marqué, ma très chère, par un souvenir trop tendre »
BOSSUET: « Que ces deux principaux moments de la grâce ont été bien marqués par les merveilles que Dieu a faites pour le salut éternel de Henriette d'Angleterre ! »
RAC.: « Silanus, qu'il [Claude] aimait, s'en vit abandonné, Et marqua de son sang ce jour infortuné »
RAC.: « Ta fureur [à toi Néron].... D'un sang toujours nouveau a tous tes jours »
VOLT.: « Vous qui depuis cinq ans insultez à mes larmes, Qui marquez sans pitié mes jours par mes alarmes »
J. J. ROUSS.: « Au sein de cette prospérité passagère se préparait de loin la catastrophe qui devait en la fin »
LEMERC.: « Mille morts ont cette affreuse journée »

 6   Mettre une marque pour se souvenir. Marquer dans un livre l'endroit où l'on a cessé de lire.
PASC.: « Voyez les lignes que j'ai marquées avec du crayon »

 7   Marquer son jeu, les points qu'on gagne.
    Absolument. Je marque, j'ai gagné.
    Marquer quelqu'un au piquet à écrire, au trictrac, gagner un des coups partiels dont l'ensemble forme la partie.

 8   Marquer la taille, se dit du vêtement qui dessine la taille et la fait voir.
J. J. ROUSSEAU: « Leurs femmes ignoraient l'usage de ces corps de baleine par lesquels les nôtres contrefont leur taille plutôt qu'elles ne la marquent »
    Terme de manége. Marquer le coin, approcher le cheval du coin du manége, et le forcer à garder le mur.

 9   Remarquer.
CORN.: « Nous y avons tellement accoutumé nos spectateurs [à la liaison des scènes], qu'ils ne sauraient plus voir une scène détachée sans la pour un défaut »
LA FONT.: « Il tourne à l'entour du troupeau, Marque entre cent moutons le plus gras, le plus beau »
BOILEAU: « Mais des heureux regards de mon astre étonnant Marquez bien cet effet.... »

 10   Noter, inscrire. J'ai marqué cela dans mon agenda. On recommanda au médecin de ce malade parmi ceux qu'il devait visiter.
SACI: « Tout ceci fut écrit dans les histoires et marqué dans les annales par ordre du roi »
BOSSUET: « Son antiquité [d'une famille], qui est telle que nos chroniques n'en marquent point l'origine »

 11   Faire connaître par quelque chose comparé à une marque.
BOILEAU: « Le magistrat des lois emprunta le secours [à Athènes], Et, rendant par édit les poëtes plus sages, Défendit de les noms et les visages [dans la comédie] »
RAC.: « ....Toujours évanouie, Madame, elle ne marque aucun signe de vie »
    Il se dit aussi des choses qui font connaître comme par une marque.
PASC.: « J'écrirai ici mes pensées sans ordre, et non pas peut-être dans une confusion sans dessein ; c'est le véritable ordre et qui a toujours mon objet par le désordre même »
PASC.: « Cette prédiction de la ruine du temple réprouvé me marque qu'il ne doit être laissé aucune passion du vieil homme »
PASC.: « La nature ne m'offre rien qui ne soit matière de doute et d'inquiétude ; si je n'y voyais rien qui marquât une divinité.... »
SÉV.: « Non-seulement ils [les ennemis] ont promptement levé le siége, mais on leur a pris beaucoup de poudre, de canon ; et tout ce qui marque une fuite »
BOSSUET: « Les pères de Saint-Vannes l'ont convaincu [Dupin] d'avoir supprimé, dans un passage d'Optat, ce qui y marquait l'autorité de la chaire de saint Pierre »
BOILEAU: « La nature féconde en bizarres portraits Dans chaque âme est marquée à de différents traits »
BOILEAU: « ....Ne vous piquez point d'une folle vitesse ; Un style si rapide et qui court en rimant, Marque moins trop d'esprit que peu de jugement »
RAC.: « Quels présages affreux nous marquent son courroux [du ciel] ? »
FÉN.: « Les jalousies qui marquent un esprit borné »
MARMONTEL: « Dans presque tous les genres, des ouvrages du meilleur ton et du meilleur esprit, voilà ce qui a notre siècle ; et je n'en ai pas dit assez »

 12   Indiquer.
BOILEAU: « Au vestibule obscur il marque une autre place »
RAC.: « Je lui marque le coeur où sa main doit frapper ! »
VOLT.: « Il vous marque la place où vous serez vainqueurs »
    Noter. L'horloge marque midi, deux heures. Le thermomètre marque 25 degrés.
    Marquer la mesure, le pas, indiquer par des mouvements de la main, du pied, la cadence de la musique, de la marche.

 13   Fixer, déterminer, assigner, prédestiner.
CORN.: « Cet hymen différé ne rompt point une loi Qui, sans de temps, lui destine ta foi »
SÉV.: « C'est peut-être la décision de la destinée de Mlle de Grignan que ce voyage ; c'est par suite de cet arrangement que la Providence l'a marqué »
BOSSUET: « Je n'entreprends pas, chrétiens, de vous dire la destinée des hérésies de ces derniers siècles, ni de le terme fatal dans lequel Dieu a résolu de borner leur cours »
RAC.: « Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie, Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie, Ni qu'en me l'arrachant, un sévère destin Si près de ma naissance en eût marqué la fin »

 14   Mander, informer, faire connaître, soit de bouche, soit par écrit.
TH. CORN.: « Viendra-t-il ? - Oui, monsieur, où vous lui ez »
SÉV.: « Je voulais lui en mon inquiétude »
SÉV.: « Je vais par la Bourgogne.... je vous écrirai d'où je pourrai ; je ne puis aucun jour »
BOSSUET: « Lorsqu'il [le roi] y fit lire [à la cour] la dernière lettre que lui écrivit ce grand homme, et qu'on y vit, dans les trois temps que marquait le prince.... »
BOSSUET: « Lorsqu'on vint à l'endroit du remerciement où le prince marquait qu'il mourait content.... »
J. J. ROUSS.: « Sur ce que tu me marques, je n'aurai point un moment de repos que je ne sois auprès de toi »
J. J. ROUSS.: « Je lui marquai que je ne voudrais pas.... »
COLLIN D'HARLEVILLE: « Marquez-moi votre adresse, et je vous répondrai »
P. L. COUR.: « Je t'ai marqué, dans une lettre que Guérin te remettra, comme on m'a reçu »
    On dit aussi en ce sens : un mot, pour mander un mot.
J. J. ROUSS.: « Je n'ai que le temps de vous ce mot pour vous rassurer sur mon compte »

 15   Témoigner, donner des marques. Marquer à quelqu'un son estime, son affection, sa reconnaissance. Je lui ai marqué mon mécontentement.
BOSSUET: « Il [le roi] marquait pour la santé de ce prince [Condé] une inquiétude qu'il n'avait pas pour la sienne »
BOURD.: « Elle lui marque une fidélité héroïque »

 16   Décrire.
SÉV.: « Vos réflexions sont tristes et justes sur la déroute de la maison de Créquy ; Canaples reste seul des trois frères, après toutes ses tribulations et tous ses maux, que vous marquez si bien »

 17   Signaler.
SÉV.: « Mme la comtesse de Soissons est partie cette nuit pour Liége.... la Voisin [empoisonneuse] l'a extrêmement marquée »

 18   Ne faire qu'indiquer quelque chose, sans l'effectuer complément.
SÉV.: « Dites à Montgobert qu'on ne tape point les cheveux [dans une coiffure], et qu'on ne tourne point les boucles à la rigueur.... on marque quelques boucles »
SÉV.: « Les bals de Saint-Germain sont d'une tristesse mortelle.... le roi n'a cette complaisance que pour le carnaval, sans aucun plaisir »
    À l'escrime, un coup, l'indiquer par feinte et sans le porter effectivement.

 19   V. n. Être empreint d'une marque qui fait reconnaître.
    Ce cheval marque encore, les creux de ses dents paraissent encore et indiquent qu'il n'a pas plus de huit ans.
    Terme de chasse. Se dit du mâle de la perdrix grise, lorsqu'il a la crête couleur de feu et le dessous de l'estomac d'un gris roux. Les perdrix rouges marquent lorsqu'elles ont aux jambes un tubercule qu'on nomme ergot.
    Cette nouvelle allée commence à , les arbres commencent à y grandir.
    Ce cadran solaire marque encore, ne marque plus, le soleil y donne encore, n'y donne plus.
    On dit vulgairement qu'une femme enceinte marque, lorsqu'il s'échappe quelques mucosités sanguinolentes, ce que l'on regarde comme l'annonce d'un accouchement prochain.
    On dit aussi qu'un accès de fièvre, d'épilepsie, ne fait que , quand il s'annonce par quelques sensations morbides qui n'ont pas d'autre suite.
MAINTENON: « M. le duc du Maine avait eu trois accès de fièvre tierce qui m'avaient donné beaucoup d'inquiétude ; il a eu cette nuit le quatrième, qui n'a marqué qu'un moment »
    Terme de marine. On dit que la brise marque ou commence à , lorsque, pendant un temps calme, on aperçoit de loin que la surface de la mer commence à se rider.
    La mer est dite lorsque, après le flot, elle laisse en descendant une trace d'humidité ou de petits dépôts.

 20   Laisser trace, impression.
LA BRUY.: « S'ils [les vieillards] repassent sur tout le cours de leurs années.... ils confondent leurs différents âges, ils n'y voient rien qui marque assez pour mesurer le temps qu'ils ont vécu »
J. J. ROUSS.: « La substance est durcie, et les nouvelles empreintes ne marquent plus »
    Terme d'escrime. Se dit d'un coup donné en plein dans le corps. Voilà un coup qui marque. Cette botte est bien marquée.
    Fig. Être marquant, distingué par quelque chose de notable.
BÉRANG.: « Va, mon fils, garde ta candeur ; Et que ton étoile ne marque Par l'éclat ni par la grandeur »
    Familièrement. Cela ait trop, cela serait trop remarqué, et, dans un autre sens, cela décèlerait trop l'intention qu'il faut cacher.
    Cet homme ne marque point, c'est-à-dire il ne se fait pas remarquer.
    Il n'y a dans ce livre rien qui marque, c'est-à-dire ce livre ne renferme rien qui soit saillant, qui attire l'attention.

 21   Se , v. réfl. Être marqué.
BOSSUET: « En sorte que du petit corps [la glande pinéale] où elle [l'âme] est enfermée, elle tient à tout et voit tout l'univers se venir, pour ainsi dire, sur ce corps, comme le cours du soleil se marque sur un cadran »
BOILEAU: « [Molière] Qui sais à quel coin se marquent les bons vers »
    Donner signe, marque de soi-même.
BOSSUET: « Comme nous changeons deux fois d'état... il a plu à la divine bonté de se elle-même au commencement de ces deux états [de la grâce] par une impression illustre et particulière »

SYNONYME
    MARQUER, INDIQUER. Marquer, c'est faire une marque ; indiquer, c'est donner un indice. Marquer est donc plus expressif, plus fort que indiquer. Cette action marque un bon naturel ; elle prouve, en qualité de marque, que le naturel est bon. Cette action indique un bon naturel, elle fait penser, en qualité d'indice, que le naturel est bon.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Th. le mart. 31: Puis l'en laissout aller, mais primes le merkeit ; Tierce feiz i fu pris, pas ne s'en castiheit [châtiait, corrigeait]
    XIVème siècle
DU CANGE: « Lesquelz habitans n'ayant voulu tenir et payer le dit accord, le prestre s'en retourna aux Anglois, et fit par iceulx Anglois , piller et prendre prisonniers les bonnes gens et habitans de la dite parroisse »
    XVIème siècle
MAROT: « Quand il seroit ainsi merché, Il sera aisé à cognoistre »
BÈZE: « Il se contente de rabattre les coups, sans le [toucher] »
PASQUIER: « Nous appellons marcher ou , toutes et quantes fois que par un signal, affiche, reconnaissance ou autrement, nous assignons certains buts, limites et separations entre les personnes »

ÉTYMOLOGIE
    Marque ; provenç. marcar, marquar ; espagn. et portug. marcar ; ital. marcare.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE MARQUER. Ajoutez :

 22   Marquer les aiguilles, percer, à l'aide d'un poinçon sur lequel on frappe, les aiguilles palmées.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Mettre une marque à une chose pour la distinguer d'une autre. "Marquer de la vaisselle. Marquer des arbres. Marquer des serviettes, des draps. Marquer des moutons, des chevaux."
Il signifie particulièrement, Imprimer, avec un fer chaud, un signe flétrissant sur l'épaule de l'homme qui est condamné à cette peine. "On vient de le . Il a été marqué." En France, cette peine est abolie.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Faire une marque, une impression sur quelque partie du corps, par contusion, blessure, brûlure, etc. "Il a reçu un coup de pierre qui lui a marqué le front, qui l'a marqué au front."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Laisser des traces, des vestiges. "Le torrent a marqué son passage par un grand dégât. Les armées marquent ordinairement leur passage par de grands désordres."
Il se dit au sens moral, dans cette dernière acception. "Le commencement de son règne fut marqué par des proscriptions. De grands malheurs ont marqué la fin de sa vie."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Mettre une marque pour se souvenir ou faire souvenir. "Marquer dans un livre l'endroit où l'on a cessé de lire. Je lui ai marqué ce passage avec le crayon. Marquer son jeu. Marquer les points qu'on gagne au trictrac, au piquet. Marquer une chasse au jeu de la paume, à la paume."
"Marquer quelqu'un au piquet, au trictrac, etc.," Avoir sur lui l'avantage d'un nombre quelconque de points, d'après le calcul des points obtenus de part et d'autre dans les deux coups qui font le pari. "Je vous marque de dix points. Je l'ai marqué dix fois de suite." On dit aussi absolument, "Marquer. Il a presque toujours marqué dans cette partie."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit quelquefois, au sens moral, pour Fixer, déterminer, assigner. "Il a marqué sa place parmi les grands écrivains. Dieu avait marqué le jour de leur chute."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Indiquer, donner lieu de connaître. "Sa taille, sa bonne mine marquent bien ce qu'il est."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Mander, indiquer, faire connaître, soit de bouche, soit par écrit. "Marquer à quelqu'un ce qu'il doit faire. Je lui ai marqué expressément qu'il eût à faire telle chose. Ce que vous m'avez marqué dans votre lettre, par votre lettre, m'a fait grand plaisir."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie, en outre, Témoigner, donner des marques. "Marquer à quelqu'un sa reconnaissance, son amitié, sa tendresse, son estime, son affection, son respect, son attention, sa bonne volonté. Marquer du respect, de l'estime, de l'amitié pour quelqu'un. Je lui ai marqué mon mécontentement, mon indignation."



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie neutralement dans plusieurs acceptions. Ainsi on dit:
"Cette nouvelle allée commence à ," Les arbres commencent à grandir.
"Ce cheval marque encore," Les creux de ses dents paraissent encore, et font connaître qu'il n'a pas plus de huit ans. "Il ne marque plus," Les creux de ses dents ont cessé de paraître.
"Ce cadran solaire marque encore, ne marque plus," Le soleil y donne encore, n'y donne plus.
Fam., "Cela ait trop," Cela serait trop remarqué; et, dans un autre sens, Cela décèlerait trop l'intention qu'il faut cacher.
"Cet homme ne marque point," Il ne se fait pas remarquer. "On ne trouve rien qui marque dans cet ouvrage," Rien n'y attire particulièrement l'attention.




Emplacement dans le dictionnaire :

marotisme
marotiste
marotte
marouchin
maroufler
marquage
marquant
marque
marqué

marqueté
marqueter
marquette
marqueur
marquis
marquise
marquoir
mârraine
marraine
marrane
marrant




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...: bientôt le sacrifice qui précède l'hymen, du sang d'une génisse va réjouir l'autel. Clytemnestre tu trouves à propos un langage tout plein d'irréprochables mots. Saurai-je en trouver un pour marquer le mérite de l'affreuse action que ton âme médite ? Ô traître, tu le veux ? Sors donc, ma fille, viens : ton père, tu le sais, va nous combler de biens. Accours, et dans tes bras emporte aussi ton...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...comme un orchestre formidable soulignant la situation tendue d'un mélodrame... Pomaré satisfaite de sa facétie riait sous cape. Elle avait mis à profit le trouble qu'elle venait d'occasionner pour marquer deux fois té tâné (l'homme), c'est-à-dire le roi... Pomaré, dont un des passe-temps favoris était le jeu d'écarté, était extraordinairement tricheuse, elle trichait même aux soirées officielles,...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...heures où je la lui abandonnais. Il s'installait à lire mes livres ou mes papiers, sachant bien qu'il avait permission de tout regarder ; il apprenait à comprendre les cartes marines, s'amusait à y marquer des points et à y mesurer des distances. Très souvent, il écrivait à sa femme, et il arrivait que ses petites lettres, interrompues par la manoeuvre, restaient à courir parmi les miennes. J'en...


Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...Malheureusement, cette unité de mesure nous fait défaut ; mais nous en possédons une pour l'immoralité collective. Le nombre moyen des suicides, des crimes de toute sorte, peut en effet servir à marquer la hauteur de l'immoralité dans une société donnée. Or, si l'on fait l'expérience, elle ne tourne guère à l'honneur de la civilisation, car le nombre de ces phénomènes morbides semble s'accroître...


Citation n°5 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...forment un système défini qui a pour fonction, non de rattacher les unes aux autres les parties différentes de la société, mais, au contraire, de les mettre en dehors les unes des autres, de marquer nettement les barrières qui les séparent. Elles ne correspondent donc pas à un lien social positif ; l'expression même de solidarité négative dont nous nous sommes servi n'est pas parfaitement...


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